De l’élevage rationnel du lévrier Afghan et de ses conséquences sur la reproduction de la race
On a peu parlé jusqu’à ce jour de la véritable formation nécessaire pour faire d’un sujet afghan un champion. La raison en est simple : les éleveurs dignes de ce nom sont rares !
A l’heure actuelle où la race se développe, où les expositions se multiplient, la question devient brûlante d’actualité. 25 ans d’expérience dans l’élevage des lévriers afghans et les conseils qualifiés de nombreux éleveurs étrangers (Américains, Suisses, Belges, Finlandais, Anglais etc… ) m’amènent à éclairer ceux que cette si séduisante race passionne. N’est-ce pas un devoir du reste, lorsque l’on a appris quelque chose de valable, de faire profiter autrui de ses connaissances ?
Tout d’abord, spécifions, bien que je m’adresse aux vrais éleveurs, à ceux qui aiment le chien pour lui-même, qui aime l’élevage et qui s’intéresse à la beauté d’un sujet en même temps qu’à son bonheur. Enfin par un véritable éleveur, il va de soi qu’il s’agit de celui qui fait naître chez lui d’un étalon et d’une lice lui appartenant des chiots(portant son affixe) remportant à leur tour des championnats aux expositions, et également de l’amateur bénévole qui ayant acheté un chiot de bonne origine peut espérer un jour en faire un champion.
Du choix d’un sujet
Les petits chiens étant nés, il faut savoir choisir celui ou celle (sortant du rang) qui pourra devenir la gloire de l’élevage. Le véritable éleveur a pour cela un flair particulier : (le don) Il voit de suite les qualités qu’aura ce jeune chiot (il peut quelquefois se tromper, mais c’est rare !)
On remarquera à la naissance ou 3 ou 4 jours après la place des oreilles, la longueur du museau. Un peu plus tard on voit se dessiner plus nettement la pose de la queue, la façon de tenir, de regarder … et l’expression. Tout petit, le beau sujet à déjà son regard fière qui ne trompe pas !
Plus tard vous regarderez la couleur des yeux – les plus foncés sont les plus beaux ! (la couleur jaune est toujours moins appréciable que le marron foncé ). Pour la couleur de l’afghan, nous savons tous que toutes les nuances sont admises, mais nos préférences vont aux chiens très pigmentés, c’est-à-dire ou noirs ou bleus ou dorés ou blancs mais alors avec le masque bien noir. Les tous blanc sans masque noir sont franchement à déconseiller, car la dépigmentation est un signe de dégénérescence.
Certains grands éleveurs en Amérique n’hésitent pas à pratiquer la consanguinité quand ils ont des sujets qui en valent la peine. Ils trouvent qu’ils fixent et renforcent ainsi les qualités et il est vrai qu’ils ont obtenus de cette manière des champions merveilleux. Mais cela ne doit se pratiquer que par des éleveurs confirmés, extrèmement sérieux, possédant des sujets hors pair, ayant déjà fait leurs preuves.
Les étapes du championnat
Le sujet hors ligne étant choisi, dès lors comment allez-vous l’élever pour en faire un champion ? Tout est là….Je ne parlerai pas de la nourriture. Cette question est trop connue et chaque éleveur a, là dessus ses connaissances et préférences particulières.
Dans l’élevage du futur champion, ce qui est primordial, c’est son entraînement. Un entraînement sain et rationnel et, si l’on peut dire également sportif. Car le vrai lévrier afghan, celui qui sera plus tard un champion doit allier la beauté physique à la force de sa musculature.
Il ne faut pas oublier que l’afghan n’est pas un bibelot d’étagère, c’est un chien de pays rude, donc solide, mais qui possède à la fois la grâce et la puissance. Or, pour en faire un chien solide et beau à tous les points de vue, il ne faut pas l’élever en chambre comme certains croient nécessaire de le faire afin d’obtenir une fourrure plus longue que la normale. Ce mode de vie ne peut se faire qu’au détriment de l’animal, celui-ci en effet, ne pouvant ni s’amuser ni courir librement comme tout entre vivant a le désir de le faire, perd peu à peu de sa vitalité et les qualités fondamentale de sa race. Au lieu d’une musculature puissante, d’une bonne vitalité, on voit souvent un sujet présenter un dos incurvé des jambes de derrière affaissées. Quant à l’expression, elle est morne, sans joie et comme hébétée. Tout cela par manque d'exercice et d’air.
L’abondance de fourrure ne réussit pas à cacher ses défauts de structure. Signalons au passage, que certains juges allemands aplatissent à la main les poils longs pour mieux examiner la musculature de certains sujets. Ajoutons enfin qu’une telle habitude de vie confiné peut nuire jusqu’à la reproduction. Nous avons examiné ce problème avec plusieurs vétérinaires dont l’avis est unanime et formel : une telle méthode aboutit à plus ou moins brève échéance à rendre les chiens impuissants. Ce problème est donc de la plus grande importance puisqu’il concerne l’avenir même de la race. Il était nécessaire que nous le mettions en lumière et que nous mettions les futurs éleveurs en garde contre certains excès qui vont à l’en contre du résultat recherché.
Par ailleurs, nous connaissons certains élevages ou les afghans sont en liberté, même sous la pluie et qui sont devenus de beaux champions (corps et poil) et qui sont également des étalons confirmés ayant produit eux-mêmes des champions.
Evidemment un chien destiné au championnat doit être plus surveillé qu’un autre. Mais n’en faites pas un prisonnier, sans joie et sans bonheur. Un chien, pour s’épanouir librement a autant besoin d’espace et de tendresse que de nourriture.
La toilette de l’afghan
Certains éleveurs ne préconisent pas le brossage journalier. Pour ma part, je trouve qu’un léger brossage tous les jours avec une brosse dure, et deux fois par semaine une toilette complète (avec démêlage mèche par mèche) ajoutés à un bon lavage du corps tout entier tous les deux mois, suffisent amplement à l’entretien du chien. Se méfier de certains champooings qui décapent le poil. Un shampooing doux, à l’huile est ce qui convient le mieux.
Le dressage
Parlons un peu maintenant du dressage, en vue des expositions. Ceci m’ayant été demandé par plusieurs amateurs possédant un jeune chiot. Inutile de commencer trop tôt cette éducation, le chiot ne pense qu’à jouet… et ne comprend pas ce que vous attendez de lui. Mais par contre, lui apprend très vite à marcher à la laisse.
Vers 6 mois ; c’est le bon moment ! il connaît son nom, sa petite intelligence s’éveille. Faite-lui faire quelques petits exercices, assez courts d’abord (le petit chien se lasse vite et alors ne comprend plus rien). Faite-le marcher doucement près de vous en levant la tête et la queue. Montrez-lui quelque chose qu’il aime, en levant pour cela la main au-dessus de lui tenant l’objet. Rien de plus disgracieux qu’un afghan ayant la queue entre les jambes, si bien que dans certaines expositions vous entendez le public dire souvent (pourquoi ces chiens n’ont-il pas de queue, ce sont des chiens sans queue ?) Pour remédier à cela, donnez-lui confiance en le flattant, en ayant l’air de vouloir jouet avec lui, puis continuer les exercices ; faite-le arreter. Restez un moment sans bouger … ouvrez lui la gueule afin qu’il s’habitue à montrer ses dents sans regimber et que le juge puisse le voir et le toucher sans qu’il est peur. Vous aurez alors toutes les chances de pouvoir le mettre en compétition avec n’importe quel sujet.
Conclusion
Mais pour avoir un très beau chien, ce n’est pas tout. Il faut beaucoup de patience (l’afghan aime qu’on lui parle doucement ), de la persévérance. Un champion ne se fait pas en un jour. Il faut un entraînement, minutieux depuis le plus jeune age. Parfois même les échecs peuvent entraver vos efforts.
Toutefois, ne vous découragez pas. Il est bien évident que tous les chiens même hors pair ne possèdent pas tous l’étoffe d’un champion de beauté outre les qualités naturelles du sujet et celles que vous lui donnerez, il faut également qu’il descende lui-même d’une lignée de champions dans laquelle se sont fixées depuis plusieurs générations les plus belles caractéristiques de la race. C’est donc dans le choix d’une lignée ayant ait ses preuves que vous aurez le plus de chances de voir naître votre futur champion.
A ces quelques conseils élémentaires, parmi tant d’autres... fruit de nombreuses années de sélection et d’observation du lévrier afghan, je me permets d’ajouter une dernière recommandation : avant tout (aimer profondément l’animal) L’amour de votre chien vous fera comprendre tant de chose ! C’est peut-être là que réside le secret de la réussite en élevage ? et c’est un secret qui reste valable pour toutes les races.
Madame Magdeleine Demarne Juge qualifié de S.C.C. Présidente du club français des amateurs de lévriers d’Asie- Afghans et Persans
Article extrait du N°50 du bulletin du club des amateurs de lévriers d’Asie d’octobre, novembre, décembre 1964